Mamie, mon amie …

Tu m’as dit avoir vu tous tes amis partir, ne plus rien attendre de la vie, avoir déjà abandonné ce monde, mais il te reste tant à vivre, mamie.

Il arrive parfois de se poser des questions, il le faut d’ailleurs paradoxalement à mes dires. Des moments de doute qui mettent notre vie entre parenthèses. Des blessures qui refont surface, des incertitudes, des désespoirs… Chacun a ses raisons bien identifiées, ou pas. Car il arrive parfois de se chercher, dans l’espoir de… Mais cela vaut- il le coup de passer autant de temps à se questionner, quand justement le temps, lui, passe et ne revient pas?

Mamie, je voudrais commencer par te dire que je t’aime. Ce n’est pas quelque chose que l’on se dit souvent chez nous, voire quasiment jamais. Par pudeur je ne sais pas, mais je te le dis aujourd’hui. J’ai passé beaucoup d’années loin de toi mais je ne t’ai jamais oublié. Si tu t’es sentie délaissée je te prie de me pardonner. Souvent j’essaie d’imaginer ma vie là-bas, à la maison avec toi. Tu m’aurais sûrement raconté beaucoup d’autres de tes contes, tu m’aurais conseillé, tu m’aurais engueulé, mais surtout tu m’aurais protégé. Oh qu’avec toi je me sentais en sécurité, je l’ai réalisé au fil des années. Mais tout arrive pour une raison, aujourd’hui je suis ici et toi toujours là bas, chez nous. Chaque personne que j’ai rencontré a contribué à faire de moi qui je suis. Mais toi mamie, tu m’as donné les bases.

Parfois on néglige les personnes qui nous sont chères, pris par le temps, le boulot, les loisirs… Puis arrive un moment où cette phrase qui résume tout nous rappelle à la réalité : c’est lorsqu’on perd quelqu’un que l’on se rend compte à quel point cette personne est importante dans notre vie. J’ai cette peur constante de te perdre mamie, mon amie. Mon plus grand rêve tu le sais serait que tu puisses poser tes yeux sur le visage de mon enfant. Même à travers une image étant donné la distance qui nous sépare. L’enfant de ta petite fille, l’enfant qui n’est pas encore là, l’enfant que je désire tant. Un rêve que mes sœurs et moi partageons sûrement, que l’une de nous réalisera bientôt si Dieu le permet.

Peux- tu imaginer la douleur que j’ai eu quand je t’ai vu me regarder avec ta fragilité. Tu ressemblais à cette enfant qu’on a envie de prendre dans ses bras, de câliner, mais surtout de rassurer. C’est à peine si tu pouvais parler mais j’ai réussi à te décrocher un sourire. L’image qu’on a tous envie de garder, si ça devait être la dernière. Mais ce n’est pas la dernière, n’est-ce pas mamie? Tu dois tenir, être forte comme tu l’as toujours été jusqu’ici. Enfant unique tu avais peur de te sentir seule. Mais tu as réussi à créer une grande tribu qui t’entoure, dont j’ai l’honneur de faire partie. Je voudrais te dire merci, merci pour ton courage, pour tes sacrifices.

Je ne pourrai jamais rattraper le temps perdu, mais je garde précieusement nos moments vécus. Vivre, c’est ce qu’il faut faire, se dire les choses à l’instant T. Nous vivons tous avec cette peur de perdre un être proche. Nous y pensons plus souvent qu’à notre propre mort. Mais on occulte tout, voulant garder l’espoir que cela arrive le plus tard possible, voire que ça n’arrive jamais. Mais voilà, ainsi va la vie. Jeune ou vieux chaque jour de plus est un pas vers l’inévitable. Tu m’as dit avoir vu tous tes amis partir, ne plus rien attendre de la vie, avoir déjà abandonné ce monde, mais il te reste tant à vivre, mamie.

Mamie, au nom de tes dix-huit petits-enfants si je ne me trompe pas, je me suis permise d’exposer en public ces quelques lignes intimes pour te dire qu’on t’aime, qu’on t’aime. Chacun de nous saura te le dire avec ses propres mots. On te surnomme « Générale » en rigolant parfois, mais la vérité est que tu l’es, une vraie rassembleuse. Tu es la fondation même de notre famille, le fil conducteur de notre histoire.

En cette période difficile, avec un avenir aussi incertain, il est peut-être temps de prendre le temps de créer dans ce chaos, de bien meilleurs souvenirs. J’ai les miens avec toi et j’espère avoir la chance d’en avoir d’autres. Porte-toi bien, coco, mon amie !

Une grosse pensée pour toutes les mamies du monde. Un grand hommage à toutes celles qui sont parties prématurément, emportées par cette crise sans parfois avoir le temps d’entendre ces quelques mots doux qui apaisent le coeur. Pour ceux qui le peuvent encore, il n’est pas trop tard.

NasYou !